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Chroniques Geek - Chroniques Geek
Critiques CINEMA (351 topics, 380 messages)
Topic "Millénium, Les hommes qui n'aimaient pas les femme[...]" (Messages 1 à 3 sur 3) Fil RSS des messages de ce topic
Dernier message par Marv, le 06/02 à 17:17:17
 
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Marv
administrateur
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le 05/02/2012 à 19:40:44
Acces au message Millénium, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (David Fincher)
http://s3.amazonaws.com/data.tumblr.com/tumblr_lyq06gYYPH1qa7a15o1_r1_1280.jpg


THE GIRL WITH THE DRAGON TATTOO

de David Fincher
(Millenium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes)
2011




L’histoire :
Une affaire de meurtre non-élucidée vieille de 40 ans est reprise par un duo d'enquêteurs en marge du système, un journaliste fouille-merde et une hackeuse asociale écorchée vive.




http://26.media.tumblr.com/tumblr_lykhqo5QY91qgzs6bo1_500.jpg



LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS NOOMI RAPACE
par Marv

Connaissez-vous l'expression "shooting ducks in a barrel" ?
C'est un tir facile. Les doigts dans le nez. C'est plié. Hop hop hop.
C'est la première impression que m'a donné Millénium, version Fincher. Version Fincher car, comme chacun sait, l'histoire est adaptée d'un best-seller suédois déjà adapté via une trilogie de téléfilms nordiques qui furent étirés jusqu'à la corde en une série télé interminable.
Qu'il existe plusieurs versions d'une même histoire fait parti des conventions du Cinéma. On passera jamais 10 ans sans avoir une nouvelle adaptation d'un Sherlock Holmes. C'est pas pour autant qu'on va décortiquer chaque détail pour comparer les adaptations et en tirer un quelconque résultat soi-disant pertinent sur la qualité d'untel selon sa proximité avec l'oeuvre d'origine. Là, les adaptations ont le défaut de n'être que deux et terriblement rapprochées en dates de sortie (y'a quoi, 2 ans qui séparent les sorties des épisodes 1). Du coup, on a une pression cinéphilique assez étrange au moment de la sortie du film où l'on se doit de comparer et d'arbitrer le match entre les deux films, "c'est lequel le meilleur", "et la meilleure lisbeth c'est laquelle", "et c'est lequel le plus fidèle", et ainsi de suite....


Alors qu'on s'en branle.
Enfin moi en tout cas je m'en branle.
Je suis là pour parler de Cinéma. Pas pour jouer a celui qui pisse le plus loin.
La seule chose qui m'intéresse c'est de savoir si c'est oui ou non un bon film et pourquoi. Or le film suédois à mes yeux était pas terrible. Et j'ai pas encore lu les livres. Donc la comparaison a été vite vue et si ça vous intéresse tellement alors d'accord : oui Fincher filme mieux qu'un anonyme suédois qui maîtrise moins l'image, oui Daniel Craig et Rooney Mara donnent plus de force et de nuances que le Navarro Suédois et une femme fatale trentenaire. Oui c'est plus beau, plus stylisé, plus intelligent, plus dense, plus cool, plus dur et surtout, grosse difféence a mes yeux, cette fois on s'attache aux personnages (grâce aux nuances, justement) et on arrive à s'impliquer dans l'histoire et du coup dans le film.



http://30.media.tumblr.com/tumblr_lyxm9qY0WQ1qf7fako1_500.jpg

Passé ces observations de base, parlons de ce qui est vraiment pertinent pour un spectateur non-averti : seul, sans parler du livre, sans s'appuyer sur quoi que ce soit d'autre, est-ce que le film est bon ou pas ?
Mettons les choses dans l'ordre : David Fincher vient de sortir de l'énorme succès critique de The Social Network et a prouvé qu'en filmant juste des dialogues, il pouvait donner du génie à un film toujours par sa mise-en-scène. Il est même pas passé loin de l'oscar du meilleur film, donné finalement à un film que tout le monde aura oublié dans 10 ans. Il a fait objectivement du bon boulot. Alors pourquoi enchaîner avec une commande de studio ? Parce que ça lui donner les clés de son projet-phare depuis Benjamin Button (commencez pas à ronchonner) : 20 000 lieues sous les mers. Au menu : budget pharaonique, performance capture et tout le tremblement, que du bonheur. Mais seulement voilà, si Social Network a été un succès critique, ça n'a pas été un énorme succès public. Et donc Fincher a besoin d'un blockbuster pour booster sa carrière et qu'on le laisse peinard sur son projet d'après. C'est de la pure prostitiution filmique, l'industrie telle qu'elle a toujours été depuis qu'Edison s'est penché dessus, ne soyons pas naïfs. Et quand bien même il s'agit d'un pur produit de commande, ça n'a jamais empêché les vrais grands réals de s'éclater et de réussir des purs chefs d'oeuvres. Et il se trouve que David Fincher n'est pas n'importe qui et que depuis au moins Zodiac, ce type est devenu un redoutable perfectionniste.

Et c'est justement ce qu'il fallait à Millénium pour révéler son véritable visage.
Car une fois débarrassé d'une mise-en-scène plan-plan, des champs/contre-champs de base, et d'un rythme d'élan ivre mort, j'ai enfin pu voir le livre a travers l'image par l'image, grâce à l'image. Voilà a quoi sert un réalisateur, mieux servir possible une bonne histoire. Et parce que c'est une commande, Fincher peut se lâcher plus que sur une histoire a laquelle il tiendrait. Il peut se permettre d'expérimenter parce que justement, y'a déjà une adaptation très simple qui existe et si les fans de Stieg Larsson sont pas contents, ils auront toujours les films suédois pour les satisfaire. Non Fincher lui a clairement vu là l'occasion de réaliser un pur objet d'art. Et si l'histoire semblait un prétexte pour qu'il la réalise (encore un serial-killer), on aurait pas pu aboutir a un film de genre plus différent de Seven et Zodiac.

Il est pas con, le David. Trois films de serial-killers, trois orientations extrêmement différentes. Un Thriller moderne dans la forme, hyper-classique dans le fond qui a posé des bases pour une décennie de plagieurs pour Seven, un hommage aux années 70 cette fois classique dans la forme (les hommes du président cité tout le long) mais original dans le fond pour Zodiac et cette fois un pur polar classique mais qui inverse les codes du genre au lieu de les contourner.




http://26.media.tumblr.com/tumblr_lys85uWp1K1qe0fxmo1_r1_250.gifhttp://28.media.tumblr.com/tumblr_lys85uWp1K1qe0fxmo2_r1_250.gif
http://25.media.tumblr.com/tumblr_lys85uWp1K1qe0fxmo3_r3_250.gifhttp://29.media.tumblr.com/tumblr_lys85uWp1K1qe0fxmo4_r1_250.gif


L'originalité de l'histoire de Millénium, c'est qu'a travers l'enquête, c'est pas le mystère ou le whodunnit qui captive, mais les personnages principaux et ce qu'ils ont en eux. Les codes du genre inculque un détective privé, un flic ou un journaliste blasé, désabusé, physiquement fort, puissant, avec une intuition innée et un sens de déduction de malade. En face, on a le plus souvent une demoiselle en détresse, qu'elle soit liée platoniquement ou pas au héros, déguisée en femme fatale mais qui aura toujours besoin du héros masculin pour la sauver et la dominer. Elle le fait sortir de sa carapace, il la sauve, il tue les méchants, vous voyez le tableau...
Ici, tout est inversé. Le haut est en bas, le bas est en haut.
On s'attendrait à ce que Daniel Craig nous rejoue ni plus ni moins qu'un James Bond (ce à quoi des critiques faisandées aiment le réduire maintenant). Or pas du tout : il est faible physiquement, toujours emmerdé, un peu timide, plutôt humble et souvent sur la défensive, et physiquement c'est une bombe : Il est LA femme de polar.
En face on a Rooney Mara en Lisbeth Salander : Une hackeuse bisexuelle, capable physiquement, parlant peu, toujours dans l'action, qui se sert sans demander, finit toujours par dominer ses interlocuteurs, frappe ce qu'elle ne peut raisonner et affiche la couleur dans le look (cuir moto, tatouages), a le physique d'un jeune premier en plus de suivre non pas la loi mais son propre code et se fait un devoir de "punir les méchants" : elle est LE héros, l'homme de polar.

Ensemble, ils incarnent apparemment l'ancienne Suède et la nouvelle Suède dans son aspect "bénéfique", tout comme les différentes générations de salauds qu'ils traquent en incarnent la pourriture. L'un est de la vieille école, journaliste qui recoupe ses infos, déduit en allant sur le terrain, interroge, va au contact quand l'autre passe 90% de son enquête derrière un écran d'ordinateur. On pourra d'ailleurs ressentir la sensibilité old school de Larsson dans ses conclusions : si la méthode Salander est rapide, énorme et efficace pour tailler dans le lard, c'est la méthode Blomkvist qui trouve le tueur le premier et découvre avant l'autre le MacGuffin de l'histoire. La dynamique entre les deux personnages est le moteur de la narration, même quand ils évoluent chacun de leur côté, l'un renvoie toujours à l'autre, que ça soit évident (Lisbeth se fait violer, Mikael baise avec son éditrice) ou plus sibyllin (la religion chez Mikael, la "punition" chez Lisbeth). Que les liens soient conscients ou non chez le spectateur, le duo est foncièrement attachant et il pousse à l'implication dans l'histoire. La manière de les caractériser, en plus de l'orientation de la mise-en-scène renvoie directement à celle de Social Network (comme si la photo et la musique suffisaient pas a faire le lien). En ce sens, Fincher parvient à remplir son objectif : nous donner envie de voir une suite, non pas à cause de cet univers, mais à cause de ces deux personnages. Parce qu'ils sont charismatiques, iconiques et en même temps humains.


http://27.media.tumblr.com/tumblr_lyc6j0cNvJ1qeczbgo1_500.gif


Sur le plan narratif, l'inversion des fonctions conduit et la structure du récit aboutit à une histoire morcelée assez confuse : on a deux histoires qui s'entremêlent (Wennerstorm et les Vanger) sans nécessairement se toucher, les deux personnages principaux ne se croisent pas avant une bonne heure de métrage et alors qu'on part de Blomkvist en protagoniste principal, l'histoire s'en détache petit à petit pour ne se concentrer finalement que sur Lisbeth. Elle se révèle en héroïne puisque c'est elle qui va provoquer l'action et affronter physiquement les trois méchants de l'histoire, quand son partenaire reste finalement en retrait. On peut se demander si ça ne trahit pas une écriture peut-être un peu trop spontanée, prévoyant des arcs d'histoire s'étalant sur différents romans et improvisant certains aspects de l'histoire par préférence naturelle envers son héroïne plutôt que son héros.
Ce qui conduit naturellement, dans une adaptation comme dans l'autre à ce que l'image qu'on retienne le plus de l'histoire est Lisbeth, quand bien même Mikael tient sur ses épaules à lui seul la moitié de l'histoire.



Ce côté morcelé de l'histoire s'ajoutant à une foule de dialogues pas toujours passionnants (l'économie industrielle suédoise, vous trouvez ça sexy, vous ?) et une rareté d'imagination visuelle me pousse à penser que bien que les romans soient des best-sellers, ils n'en demeurent pas moins des livres pas forcément propices à de grands films et que pour en tirer les meilleurs films possibles, le travail d'adaptation (Steven Zaillan, scénariste de La Liste de Schindler) devait nécessairement plus passer par l'image que par les mots. C'est là que Fincher s'éclate et fait passer de scène en scène une tonne d'idées à la minute : un montage de plans panoramiques sur les flashbacks de la première enquête, les plongées et contre-plongées pour mieux isoler les personnages, les axes, les couleurs, l'utilisation des décors pour définir les membres de la famille Vanger (celui qui a des murs en verre est celui qui a le plus a cacher...c'est con, mais visuellement ça fonctionne), des codes couleurs selon l'endroit et l'époque non pas définis à la truelle mais selon une palette de couleurs subtile et harmonieuse et puis, sans que personne ne s'en aperçoive, une tonne d'effets spéciaux totalement invisibles à l'oeil nu. Le nombre de plans entièrement en images de synthèse est affolant, et il est impossible de tous les déceler du premier coup d'oeil. Par exemple, aucun plan de la course-poursuite finale n'a été tourné en hélico : ce qui veut dire que chaque plan avec le point de vue de dieu est du CGI. Idem pour tous les plans en trains en extérieur, les plans d'ensemble, le crash de la voiture, les blessures (comment expliquer autrement celle de Craig en plan continu sur son front ??). Et ça, c'est sans parler de la symétrie des plans, du générique bondien en diable qui vaut a lui seul la vision du film, de la direction de la photo, du mixage sonore d'une fluidité parfaite. Un exemple au hasard : le bruit de l'aspirateur pendant la scène de la fellation s'imprègne petit à petit dans la BO, décrivant non pas ce que l'on voit, mais la réalité tel que les personnages la perçoivent. Qui d'autre que Fincher aurait pu penser à ça en lisant le scénar ??


http://lauralovesthings.files.wordpress.com/2012/01/tumblr_ly85sx0bgq1qzmlc7o1_500.jpg


Tout ceci pour bien démontrer que derrière on a un maître de l'image, qui est capable de créer a partir de rien un plan, de l'insérer dans une séquence live sans qu'on ne se doute de rien, sans même se poser une seule question sur son origine. Voilà pourquoi il serait bien puéril de se contenter à un simple jeu des 7 erreurs entre les versions, quand on se rend compte qu'on ne boxe pas dans la même catégorie et qu'il n'est nullement question de moyens mais de savoir-faire pur et dur. Et c'est bien d'efficacité dont il est ici question, et non pas de fond.

Car, bien sûr, en termes de fond et de propos, on ira jamais plus loin que le livre, plutôt classique de ce point de vue, et Fincher reste prisonnier d'une histoire qui n'est pas la sienne, mais ce n'est pas là que le film se joue. On est en présence d'un véritable objet d'art, rempli d'inventivité, terriblement efficace, attachant et généreux en termes de mise-en-scène aboutissant a ce qu'on recherche tous : un pur plaisir de Cinéma.
Que demander de plus ?





6/6
Un pur exercice de style, creux, vain et clinique.
(Non non, y'a pas erreur sur la note)










(cette critique est dédie à Robbie Williams, éternel avant-gardiste lui aussi pas mal branché bondage)

Message modifié le 05/02 à 19:44:39 par Marv.

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Captain_Cerveza
Beast
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/thumb/a/ae/Dharma_Initiative.svg/220px-Dharma_Initiative.svg.png
Image membre
le 06/02/2012 à 00:03:28
Acces au message Millénium, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (David Fincher)
Super intéressant ce que tu dis sur l'inversion des rôles de Michael et Lisbeth.
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Marv
administrateur
Image membre
le 06/02/2012 à 17:17:16
Acces au message Millénium, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (David Fincher)
merci

sur ce point, c'est mao qui m'a montré ça en m'orientant vers les bouquins. les rares analyses de larsson de sa propre oeuvre en parlent justement, c'est visiblement ce qui le tenait a coeur pour développer son côté féministe-vigilante qui prend de l'ampleur a mesure que la saga avance.
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